Ou l’histoire d’un arbre nourricier de nos campagnes en sursis…


Dans un proche passé, l’orme champêtre, Ulmus minor, était une des essences arborescentes les plus communes de France.

Depuis l’arrivée de la graphiose à la fin du XXème siècle, en 20 ans, la presque totalité des spécimens a été décimée, dépeuplant les paysages d’arbres de haut jet. Après cet anéantissement, des espoirs furent fondés sur l’apparition de rejets mais ces arbustes, qui avaient parfois un fort développement, furent pourtant à leur tour décimés par la maladie en quelques années. Dès lors la plantation de l’orme est officiellement déconseillée, la maladie évoluant en variantes de plus en plus dévastatrices. Mais alors, comment aider l’espèce à s’adapter si elle n’est plus plantée et si les reliquats de sa diversité génétique ne peuvent plus se rencontrer pour s’exprimer ? D’autant que se profile une autre menace: la pollution génétique émanant de quelques clones hybrides résistants, copyrightés, rétrocroisés avec des espèces asiatiques, vendus et plantés un peu partout.

La graphiose, maladie fongique envahissant le système vasculaire de l’arbre, provoque l’arrêt de l’alimentation en eau puis le flétrissement des feuilles et le dessèchement des branches. La maladie est inoculée à un arbre sain par des scolytes porteurs de spores du champignon, au moment de morsures de nutrition à l’aisselle de rameaux. Lorsqu’il atteint les racines, les contacts racinaires avec des ormes voisins peuvent accélérer la transmission de la maladie de proche en proche. La graphiose n’a pas, cependant, encore éradiqué totalement l’espèce qui persiste ici et là en taillis ou sous forme de haie. Quelques rares spécimens plus âgés, sains, sont à l’étude depuis des années pour comprendre l’origine de leur résistance, induites par divers facteurs, ou innée…

Quoi qu’il en soit, si vous rencontrez par chance lors d’une promenade un arbre sain qui a fructifié, prenez un peu de ses samares pour les semer…bien des espèces végétales ont connu de terribles crises et ont finalement réussi à s’adapter. Et ce petit travail de perpétuation sera récompensé car l’orme est une espèce nourricière à part entière:
le cambium (seconde écorce) peut être mangé en soupe ou mis à sécher, réduit en poudre et intégré à de la farine de céréale pour enrichir le pain. Les jeunes feuilles, encore tendres, consommées cuites ou crues, servent aussi à faire une tisane. La poudre de feuilles est adjointe à diverses préparation. Enfin, les jeunes fruits encore tendres, paraissant au printemps avant la feuillaison, sont mangés tels quels en Europe et en Chine pour profiter de leur texture mucilagineuse et sucrée.

Le destin de l’orme, mis en péril par cette maladie émergeante, pose bien des questions mais d’autres voies d’expérimentation semblent possibles: en effet la maladie et son vecteur (l’insecte) se comporteraient-il de manière aussi agressive envers le végétal si ce dernier était implanté dans un espace foisonnant, recélant des centaines d’espèces différentes, complexifiant incroyablement le système ? Les phytohormones et autres milliers de molécules diverses circulant dans le biotope, les interactions menées entre les plantes et l’ensemble du monde animal et microscopique d’une telle parcelle ne pourraient-elles pas leurrer, tromper l’insecte vecteur et atténuer la virulence de l’attaque fongique?

L’agronomie, telle qu’elle est encore pratiquée, ne s’intéresse qu’aux systèmes hyper-simplifiés et mécanisables issus du modèle de l’Ager (cf nos deux publications en date du 20 février) mais peine à se pencher sur les modèles agricoles et pérennes de l’Hortus, trop complexes et insaisissables à approcher sans une refonte de nos systèmes de pensées. La mise en place de Jardins-Forêts est une manière forte de réapprendre à travailler avec la nature et non d’œuvrer contre elle…

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