Aujourd’hui nous empruntons des textes de G.Michon, ethnobotaniste, pour nous éclairer sur deux concepts totalement différents: l’AGER ou l’histoire de notre agriculture de steppe, et l’HORTUS, une histoire agricole empruntée au système forestier tropical et qui nous intéresse particulièrement à la Forêt Gourmande…

 

L’AGER est à l’image du champ de blé: un espace ouvert et labouré voué exclusivement à la culture: un écosystème « spécialisé » dominé par une seule espèce, voire une seule variété, représenté par un très grand nombre d’individus généralement du même âge, voir de même génome. L’agriculteur traite tous ces individus de la même façon avec pour objectif une productivité maximale d’un produit unique: le grain. Toutes les autres plantes sont considérées comme des mauvaises herbes. Cet écosystème hyper artificialisé est très productif mais aussi très vulnérable. Il ne peut être maintenu en production qu’à grands renforts techniques et énergétiques en y apportant engrais, herbicides, pesticides ou main-d’oeuvre. La recherche constante de l’amélioration de la production implique une mécanisation de plus en plus poussée des opérations et des apports croissants d’énergie. Ce modèle traduit un rapport particulier à la nature dans lequel l’espace domestique s’oppose au domaine sauvage sur lequel il a été conquis grâce à la maitrise technique permettant un contrôle de plus en plus poussé des plantes et des milieux…L’ager, issu du contexte écologique de la steppe n’a plus rien à voir avec le monde forestier et pourtant il domine nos systèmes de production et, pire encore, nos systèmes de pensées…

 

 

L’Hortus: « un fouillis végétal pour qui ne sait le décrypter, dans lequel chaque plante diffère des autres et est traitée individuellement »…

« L’Hortus est à l’image du jardin tropical : un espace qui s’étend sur les trois dimensions et dont les vocations sont multiples. C’est un écosystème d’architecture complexe, caractérisé par un grand nombre d’espèces cultivées, chacune représentée par un petit nombre d’individus. Les plantes cultivées côtoient des espèces encouragées et des espèces spontanées. L’horticulteur choisit soigneusement la place de chaque plante qu’il traite ensuite de façon individuelle. Il choisit de garder ou non les plantes spontanées, selon leur utilité directe (production) ou indirecte (ombrage, pouvoir fertilisant…) ou parfois, uniquement parce qu’elles ne gênent pas! Diversité des composantes et complexité des structures confèrent à cet écosystème une grande stabilité, réduisent les coûts d’entretien et multiplient les fonctions du jardin. Ce modèle traduit un autre rapport à la nature dans lequel l’espace domestique reste en continuité avec le domaine sauvage auquel il emprunte ses structures et certaines de ses composantes. C’est un domaine où l’horticulteur entretient avec les plantes une « amitié respectueuse » pour reprendre la belle expression d’André-Georges Haudricourt et dans lequel les mécanismes naturels sont les meilleurs garants de la production ». 


Geneviève Michon (Agriculteurs à l’Ombre des Forêts du Monde, Editions Acte Sud)

0 Partages
Cresta Facebook Messenger
0 Partages
Partagez
Tweetez